Avec sa puce serveur Epyc, AMD concurrence Intel dans le datacenter

AMD n’est pas seul à espérer que son processeur pour serveur Epyc, un système sur puce SoC multimodule basé sur l’architecture « Zen » x86 officiellement lancé mardi, mette un terme à la domination d’Intel sur le marché des puces pour datacenter. Des entreprises, hébergeurs Web et fournisseurs de cloud hyperscale le souhaitent aussi.

Si l’on en croit les spécifications fournies par AMD, les benchmarks de performance et les fonctions mémoire, plus les avis des éditeurs de logiciels et de matériel gravitant dans l’écosystème du datacenter, la puce Epyc a tous les atouts pour fissurer ce marché dominé depuis des années par Intel. « Si l’on veut qu’AMD mette un pied dans ce marché, gagne les cœurs et les esprits, apporte une valeur pour laquelle les clients sont prêts à payer, nous devons frapper un grand coup pour tout chambouler », a déclaré Dan Bounds, directeur senior des produits pour datacenter et des solutions d’entreprise chez AMD. « Et pour ça, il ne faut pas arriver avec un produit qui ressemble à celui du concurrent ».

Cela fait un certain temps que AMD dévoile ici et là certaines fonctions d’Epyc, sans parler des fuites techniques qui circulent depuis la semaine dernière, mais le lancement de mardi est la première présentation officielle et détaillée de la famille de produits. En bas de cette liste, on trouve l’Epyc 7251, une puce 8 cœurs capable de prendre en charge 16 threads simultanés, dont la fréquence plancher de 2,1 GHz peut monter à 2,9 GHz. À l’inverse, en haut de liste figure l’Epyc 7601, une puce 32 cœurs, 64 threads, dont la fréquence plancher de 2,2 GHz peut atteindre 3,2 GHz. Comparativement, les puces Xeon d’Intel ne dépassent pas les 24 cœurs

Alors que les entreprises déplacent toujours plus de données vers le cloud, les serveurs de datacenter sont de plus en plus sollicités. Un nombre plus élevé de noyaux dans les processeurs rendra ces serveurs plus réactifs, autant pour répondre aux requêtes que pour reconnaître les images et traiter les vidéos. Mais l’atout d’Epyc ne s’arrête pas au nombre de cœurs. Tous les processeurs de la gamme d’AMD proposent huit canaux de mémoire prenant en charge la DRAM DDR4 2666 MHz, 2 To de mémoire et 128 voies PCI Express (PCIe). L’enveloppe thermique ou TDP, c’est-à-dire la quantité maximale de chaleur émise par une puce, varie de 120W, pour le bas de la gamme, à 180W pour l’énorme version 32-cœurs.

Pour couronner le tout, tous ces éléments tiennent dans une puce one-socket qui peut être associée à une autre puce Epyc à deux sockets. Pour les versions haut de gamme, dont le prix avoisine les 4 000 dollars HT, les benchmarks internes d’AMD montrent que la performance à virgule flottante (pour les tableurs, les graphiques et les jeux, par exemple) du pack one-socket Epyc 7601 est 75 % plus élevée que celle de la puce E5-2699A v4 d’Intel et que le rendement du traitement des entiers (les nombres entiers et le traitement de texte, par exemple) est supérieur de 47 % à celle de la même puce E5-2699A v4 d’Intel. Il est intéressant de noter également que les benchmarks d’AMD indiquent un rendement dans le traitement des entiers supérieur de 70 % par rapport aux puces de gamme intermédiaire d’Intel, dont le prix tourne autour de 800 dollars HT et que l’Epyc 7301 tient la dragée haute à la puce Intel E5-7630. Hier, lors de la présentation, différents partenaires d’AMD ont fait plusieurs démonstrations pour appuyer ces résultats.

Le prix est certes un élément important, mais c’est surtout le SoC en lui-même qui donne à AMD une légitimité à mettre un pied dans le datacenter. Essentiellement, Epyc permet aux datacenters d’accueillir un plus grand nombre de serveurs dans un espace plus petit, ce qui se traduit clairement par des économies d’énergie, d’espace et une réduction des coûts d’exploitation. Plus l’échelle est grande, plus les économies sont importantes.

AMD affirme que l’élément de différenciation le plus important réside dans l’équilibre entre les performances et la mémoire évolutive. « Nous pensons déjà que la performance en virgule flottante nous permet d’entrer dans le cercle. Ce à quoi nous ajoutons de la bande passante mémoire et des performances mémoire », a déclaré Dan Bounds d’AMD. « Le fait d’avoir la même capacité mémoire et la même empreinte d’E/S dans la gamme de produits, depuis la version 8-cœurs jusqu’à la version 32-cœurs, est la clé », a encore déclaré le directeur senior des produits pour datacenter et des solutions d’entreprise chez AMD. « C’est un énorme facteur de différenciation et il crée une rupture avec Broadwell et Skylake », a-t-il affirmé, se référant à l’architecture actuelle et à la prochaine génération de puces Xeon d’Intel, dont le lancement officiel est prévu en juillet.

« Les performances de Skylake seront 15 % plus élevées que celles de Broadwell, et cela ne suffira pas à combler l’écart avec Epyc, en particulier dans le pack one-socket, d’autant que l’évolutivité de la mémoire permettra également à la nouvelle puce d’AMD de rester compétitive », a confirmé Patrick Moorhead, analyste principal de Moor Insights & Strategy. La puce Epyc sera compatible avec les sockets de la prochaine génération de produits, et elle est également dotée d’un sous-système de sécurité dédié. « AMD a gravé des fonctions cryptographiques dans le silicium des contrôleurs mémoire pour crypter efficacement la mémoire », a précisé l’analyste.

Mettre un terme à la spirale des échecs

C’est la troisième tentative d’AMD sur le marché des serveurs. Le fondeur a connu suffisamment de succès et d’échecs pour savoir ce dont il a besoin pour réussir. Pendant cette même conférence, AMD a annoncé qu’il travaillait aussi avec Microsoft pour intégrer Epyc dans Project Olympus. Contrairement aux puces ARM, la puce Epyc, basée sur l’architecture « Zen » X86 de ses derniers processeurs pour PC Ryzen Threadripper, n’oblige pas les éditeurs de réécrire le code de leurs logiciels.

Pour le lancement d’Epyc, AMD a reçu le soutien de l’industrie, notamment de HPE, Lenovo, Dell-EMC, Asus et Gigabyte. Côté logiciel, Microsoft, Red Hat, VMWare, Xen, SuSE et Citrix ont certifié ou sont en train de certifier des applications et des bases de données pour Epyc. Mais, la preuve définitive qu’Epyc peut se faire une place sur le marché viendra des fabricants de matériel et de systèmes prêts à déployer basés sur Epyc qu’ils mettront sur le marché. Certains serveurs Epyc devraient arriver dans les prochains trimestres, avec une montée en puissance de la production jusqu’en 2018. Il est probable que les fournisseurs de cloud et les hébergeurs seront parmi les premiers utilisateurs de ces systèmes.

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Journaliste et animatrice radio, je publie sur le site d'actualités inktomi.fr notamment dans les rubriques high tech et web.