Macron met son projet européen sur la table du sommet de Tallinn, en Estonie

Ils ont aimé le souffle du discours et la flamme de l’orateur. Pour Emmanuel Macron, le plus dur reste à faire: mobiliser ses pairs européens sur des changements qui les divisent déjà, sans avoir le soutien décisif d’une chancelière aux mains encore liées par des tractations gouvernementales qui risquent de durer.

Le président participe à Tallinn (Estonie) à son premier sommet de l’UE quarante-huit heures après son discours de «refondation». Mais déjà deux calendriers se télescopent. L’un répond à une l’ambition qu’il s’est lui-même imposée à la Sorbonne: réunir dès «les semaines qui viennent» les États qui veulent aller de l’avant et former le noyau dur d’une future Europe différenciée. L’autre traduit le retour aux réalités: Angela Merkel aura probablement besoin de plusieurs mois pour sceller une nouvelle majorité au Bundestag, avec des alliés politiques qui rejettent par avance une bonne partie des projets français.

Pour l’Élysée, les législatives allemandes devaient marquer le coup d’envoi d’une discussion sans tabou sur l’avenir l’Europe, sur son périmètre et ses institutions. A Berlin, l’échéance dérape et l’élan européen est sans doute renvoyé à la fin de l’année. La Chancelière soutient par principe l’ardeur réformatrice du Président. Son premier souci est de résoudre d’abord l’équation politique allemande.

Afin d’arrondir les angles, Angela Merkel et Emmanuel Macron se sont retrouvés jeudi soir pour 30 minutes en tête-à-tête, en prélude à un Conseil européen programmé. La chancelière a décrit le discours de la Sorbonne une «bonne base» en vue d’un travail franco-allemand intensif. «Il reste à en discuter les détails». Après le Brexit, une chose est sûre, ajoute-t-elle: l’Europe ne peut pas en rester la. L’entourage du président s’est réjoui de la «réaction positive» de la Chancelière. Mais il reconnait que la réforme de la Zone euro «ne sera pas un sujet facile» à discuter avec Berlin. Dans l’entretien, Angela Merkel également indiqué qu’elle n’aura sans doute pas de nouveau gouvernement avant deux mois.

La France a déjà mis de l’eau dans son vin, au vu du résultat électoral en République fédérale. Mardi à la Sorbonne, le chef de l’État a insisté: les 19 pays de la zone euro auront besoin à terme d’un budget qui leur soit propre. Mais il s’est gardé d’évoquer une addition en centaines de milliards et de lui adjoindre, comme auparavant, un «ministre des finances» de l’euro ainsi qu’un parlement ad hoc, tous projets en rupture avec la vision germanique. L’Élysée met aussi un bémol à ce qu’il avait annoncé comme le «plan» français pour l’UE. Il s’agit de suggérer, d’ouvrir modestement le débat, assure aujourd’hui Paris.

L’approfondissement de la Zone euro, initialement jugé prioritaire, devient l’élément d’une partition beaucoup plus large, qui vient répondre aussi aux priorités de Berlin: le choc migratoire, le libre-échange et les défenses commerciales, la compétitivité de l’Europe ou encore le climat. Il s’agit de lancer la discussion et «non pas de débarquer avec un projet de traité tout ficelé que les autres dirigeants n’auraient plus qu’à émarger». Le président doit tempérer son impatience.

Depuis dimanche, la donne politique a changé au Bundestag. Les sociaux-démocrates du SPD, inconditionnels d’un plan Macron pour l’euro, se lancent dans une cure d’opposition. La chancelière elle aussi raidit son discours, répétant qu’elle veut connaître les détails qui se cachent «derrière les slogans». Les libéraux du FDP, revenus dans l’hémicycle avant d’adhérer sans doute à la coalition Merkel IV, lorgnent sur le portefeuille-clé des finances tout juste abandonné par le vétéran de la CDU Wolfgang Schäuble. Et cela ne fait sûrement pas l’affaires de l’Élysée.

Héritier d’une dynastie de vrais libéraux, Alexander Lambsdorff est l’un des pressentis. Il ne mâche pas ses mots

contre un budget qui, invoquant la solidarité, verrait l’Allemagne et les pays les plus riches de l’euro financer les plus pauvres: «de nouvelles tire-lires ne renforceront pas l’Europe», dit-il. Son parti enchaîne, à l’aube des tractations avec la Chancelière. «Il n’y aura pas de budget de la zone euro avec les Libéraux-Démocrates» du FDP. Comprendre: l’UE ne manque pas d’argent public, elle a surtout besoin de réformes. Entre la France, étatiste, et l’Allemagne, pays de contrepouvoirs, le fossé reste à combler.

Hors d’Allemagne, l’offensive tous azimuts du président français, déclinée en une bonne vingtaine de propositions concrètes, décuple aussi les sources d’inquiétudes. A l’intérieur même de la Zone euro, noyau dur indispensable à sa vision, Emmanuel Macron peut compter sur le soutien des «Latins». Mais les Néerlandais, les Irlandais et les Baltes seront plus difficiles à convaincre. A l’extérieur de ce premier cercle, les Scandinaves et l’Europe centrale de perdre leur voix au chapitre. Pour finir, le souhait du président Macron de réduire l’exécutif bruxellois de 28 commissaires – 1 par pays – à une quinzaine n’a fait qu’exacerber la gêne des petits pays.

mm
Rédacteur en chef du site inktomi.fr spécialiste des nouvelles technologies. Il publie des actualités liées au high tech, au web et les smartphones. Il est actuellement Gérant de la société inktomi, une agence web basée Aix-En-Provence.