Macron en quête de soutiens européens pour réformer l’UE

Le président français Emmanuel Macron entame mercredi trois jours de tournée en Autriche, Roumanie et Bulgarie avant un mini-sommet européen lundi à Paris, avec la volonté de faire avancer ses plans ambitieux de réforme de l’UE, au moment où sa popularité s’effrite en France.

Son premier objectif: pousser à une révision rapide de la directive européenne sur le travail détaché de 1996, sujet qui divise les pays européens.

«C’est un sujet sensible», souligne un diplomate français sous couvert de l’anonymat. Il y a la «perception d’une concurrence européenne qui ne serait pas encadrée».

La directive permet par exemple à une entreprise polonaise ayant remporté un contrat en France d’y faire travailler des salariés polonais pour des missions temporaires, sans acquitter les charges sociales françaises, nettement plus élevées qu’en Pologne.

Avant l’été, M. Macron avait jeté un pavé dans la mare en dénonçant une concurrence déloyale qui nourrit selon lui le sentiment anti-européen en Europe occidentale, où les partis eurosceptiques ont le vent en poupe, notamment en Grande-Bretagne et en France.

«Vous pensez que je peux expliquer aux classes moyennes françaises que des entreprises ferment en France pour aller en Pologne car c’est moins cher et que chez nous les entreprises de BTP (construction, ndlr) embauchent des Polonais car ils sont payés moins cher ? Ce système ne marche pas droit», a-t-il dénoncé en juin.

«L’Europe n’est pas un supermarché», a-t-il encore asséné, s’attirant les foudres de certains pays d’Europe centrale.

‘Une Europe qui protège’

La réforme du travail détaché constitue le premier jalon du projet d’une «Europe qui protège» porté par le centriste depuis son élection en mai.

Dans cette perspective, Emmanuel Macron plaide aussi pour un renforcement des outils antidumping, afin de freiner les importations de produits à bas prix sur le continent, ou pour un «Buy European Act», permettant de réserver l’accès des marchés publics européens aux entreprises qui localisent au moins la moitié de leur production en Europe.

Sujet récurrent de débat pendant la campagne présidentielle, le dossier des travailleurs détachés est devenu un «cas symbolique», souligne l’ancien diplomate français Pierre Vimont, membre du centre de réflexion Carnegie Europe.

«Macron se doit d’obtenir une révision plus ambitieuse de la directive pour satisfaire l’opinion publique française», dit-il. D’autant que le président français perd du terrain dans les sondages et que la rentrée politique et sociale s’annonce compliquée: elle sera consacrée à la réforme du code français du travail, que ses oppposants jugent ultralibérale et antisociale.

L’enjeu est donc de parvenir à durcir le projet de révision proposé en mars 2016 par la Commission européenne sur la directive, notamment en limitant la durée de séjour d’un travailleur détaché à un an et non 24 mois.

La France, qui a accueilli 286.000 salariés détachés déclarés en 2015, est le deuxième pays d’accueil derrière l’Allemagne, favorable elle aussi à des garde-fous.

Résistances polonaises

A Salzbourg mercredi, le président français rencontrera le chancelier autrichien ainsi que les Premiers ministres tchèque et slovaque. A Bucarest jeudi, il verra son homologue roumain avant de s’entretenir le lendemain à Sofia avec le président et le chef du gouvernement bulgares.

L’objectif de Paris est de parvenir à un accord sur le travail détaché lors du prochain conseil des ministres du Travail de l’UE le 23 octobre.

La tournée du président français ne le conduira ni en Pologne, ni en Hongrie. Avec environ 500.000 ressortissants détachés chaque année dans l’UE, la Pologne est le pays qui a le plus à perdre d’une refonte et le plus véhément à défendre le système actuel. La Première ministre polonaise Beata Szydlo a souhaité en juillet «un compromis» écartant toute «bureaucratie ou protectionnisme excessifs».

La semaine prochaine, Emmanuel Macron poursuivra son marathon diplomatique européen avec un mini-sommet consacré au renforcement de la gouvernance commune de la zone euro, réunissant le 28 août à Paris la chancelière allemande Angela Merkel, les chefs de gouvernement italien et espagnol Paolo Gentiloni et Mariano Rajoy, ainsi que la cheffe de la diplomatie européenne Federica Moghedrini.

M. Macron milite notamment pour l’instauration d’un budget et d’un ministre des Finances de la zone euro. Nicolas Veron, analyste au Bruegel Institute de Bruxelles, voit là son «vrai test à l’échelle européenne».

mm
Prof de technologie, je rédige des articles pour inktomi.fr dans toutes les rubriques du site selon l'actu du moment.