En Chine, le eSport a son «camp d’entraînement»

Café et boissons énergétiques à portée de main, concentration extrême… Des adeptes de eSport s’entraînent jusqu’à 16 heures par jour dans une pièce obscure à Shanghaï en prévision d’un tournoi qui peut rapporter plus de 700.000 euros.

L’équipe professionnelle taïwanaise des «Flash Wolves», l’une des meilleures de la planète, se prépare dans la capitale économique chinoise en vue des Championnats du monde de «League of Legends», un jeu de combat très populaire dont la finale a lieu début novembre à Pékin.

L’ambitieux «camp d’entraînement» de ces jeunes de 18 à 22 ans reflète les enjeux financiers et l’extraordinaire boom des eSports, ces compétitions de jeux vidéo qui rêvent à terme d’intégrer les jeux Olympiques.

Chaque joueur des Flash Wolves peut espérer gagner jusqu’à 60.000 euros par an, voire plus en cas de victoire lors d’une compétition importante.

«Les gens s’imaginent que notre travail consiste uniquement à jouer à des jeux vidéo. Mais ce n’est pas si simple», souligne Yu Li-hong, un membre de l’équipe qui se fait appeler «MMD».

«Quand c’est votre boulot, votre état d’esprit en jouant est totalement différent. Il faut être sérieux et faire attention à tout», explique le jeune homme de 22 ans.

Les meilleurs joueurs mondiaux sont de véritables stars et les tournois majeurs peuvent rassembler des dizaines de milliers de spectateurs dans des stades. Et plus encore via internet.

Vie ‘très cruelle’

«League of Legends» est l’un des jeux les plus populaires du eSport. De type «arène de bataille», il voit s’affronter des équipes dans le monde de la «fantasy».

La finale mondiale est organisée le 4 novembre dans le stade olympique de Pékin, le «Nid d’oiseau» des JO-2008, qui peut accueillir 80.000 spectateurs. L’équipe qui remportera la compétition empochera l’équivalent de plus de 720.000 euros !

En attendant, les Flash Wolves s’échauffent à Shanghaï contre des équipes locales. Et s’imposent jusqu’à 16 heures quotidiennes d’entraînement, sept jours sur sept.

Des dizaines de canettes de boisson énergétique sont stockées dans leur local, des gobelets de café vides jonchent les tables et certains joueurs ingurgitent des comprimés de vitamine C.

Cet entraînement vise à acquérir des réflexes et à optimiser sa connaissance du jeu. Mais les réflexes de l’être humain se dégradent dès l’âge de 25 ans, ce qui entraîne des retraites précoces dans le esport, explique «4Leaf», le chef de l’équipe.

Et la vie d’un joueur est «très cruelle», selon lui: s’il aligne les mauvaises performances pendant un mois, il est écarté sans ménagement de l’équipe, au profit de ses doublures. Comme un sportif de haut-niveau.

‘Pas trop d’exercice physique’

MMD a quitté l’université à l’âge de 19 ans après avoir entamé des études en tourisme.

«Au début, ma famille me faisait des réflexions chaque fois que je m’installais devant mon ordinateur», raconte-t-il, vêtu de chaussettes jaunes et d’une paire de tongs. «Ils voulaient que j’étudie pour obtenir le meilleur diplôme possible. Mais désormais, ils me soutiennent, du moment que ça me plaît et que je ne fais rien de mal, comme la drogue.»

Tout comme MMD, son compère «SwordArt» a l’air frêle et parle d’une voix douce. Mais armé d’une souris d’ordinateur, c’est un véritable tueur.

Le joueur de 20 ans, de son vrai nom Hu Shuo-chieh, se maintient en forme grâce à des compléments alimentaires, comme de l’huile de foie de morue. Et il ne semble pas trop inquiet des conséquences de rester enfermé dans la même chambre pendant des journées entières.

«Pour ce travail, je passe la plupart de mon temps devant mon écran et c’est dur pour la vue. Et je ne fais pas trop d’exercice physique», concède Hu, l’un des seuls du camp d’entraînement à ne pas porter de lunettes.

«Pour l’instant, ça n’a pas vraiment eu d’impact (sur mon corps). Peut-être parce que je suis encore jeune.»

mm
Rédacteur en chef du site inktomi.fr spécialiste des nouvelles technologies. Il publie des actualités liées au high tech, au web et les smartphones. Il est actuellement Gérant de la société inktomi, une agence web basée Aix-En-Provence.